Le Chrisme, christogramme porte-bonheur de Byzance

juillet 20, 2021 9 min de lecture

Dessin du Chrisme, symbole chrétien du chi et du rho.



En un sens, le Chrisme représente l’union de plusieurs cultures.

Par son lien avec le Christ, ce symbole est inséparable de la religion chrétienne et de ses valeurs.

Par son histoire et le contexte de son apparition, il est également à mettre en relation avec la tradition romaine orientale, et donc l’empire byzantin.

Le Chrisme est un réalité un porte-bonheur chrétien de premier plan qui, malgré un apparente simplicité, cache des messages spirituels profonds que nous ferions bien de tous découvrir.

Cela tombe bien, c’est précisément ce que nous allons aujourd’hui faire ensemble.

 

Table des matières :

 

 

Chrisme peint sur l'autel d'une église protestante.

Description du Chrisme

Également connu sous le nom de « croix Chi Rho » (en référence aux lettres qui le forment), le Chrisme est bel et bien formé de deux caractères grecques, le chi et le rho donc.

Eh oui, notre symbole chrétien est formé composé de l'intersection des majuscules grecques Chi (Χ) et Rho (Ρ).

De notre point, de vue, le Chrisme pourrait sembler être fait des deux lettres X et P de notre alphabet latin. Il ne faut pas tout mélanger. Ce sont bel et bien nos lettres actuelles qui sont inspirées de grec ancien, et non l'inverse.

Une description nous en est d’ailleurs faite par l’auteur latin Lactantius comme le « transversa X littera, summo capite circumflexo », ou la « lettre, circonflexe et à tête haute, traversée du X ».

Connu pour la beauté de sa prose, Lactantius a notamment écrit au sujet du Chrisme et de son apparition céleste auprès d’un des plus grands chefs de son temps… mais cela, nous en parlerons plus tard.

Si nous regardons ce pendentif à la croix gravée du Chrisme par exemple, nous pouvons voir ce qu’est une Chrisme « de base ».

Avec cette autre amulette par contre, lui rajoute les lettres alpha et oméga, symbole commun dans le Christianisme du Christ comme regroupant le tout, le monde entier.

Ce choix de lettres n’est en tout cas pas anodin : ce sont en effet les deux premières du mot grec « Christos » (ΧΡΙΣΤΟ) qui, sans trop de surprises, se traduit pas « Christ » en français.

Bref, la croix Chi Rho est un modèle de croix chrétienne associée à la figure du Christ dans son ensemble. Tout au long de l'histoire, il en exista par ailleurs diverses variantes.

 

 

Croix chrétienne avec un christogramme, le IHS, gravé dessus.

C’est quoi un christogramme ?

Le Chrisme est ainsi avant tout un christogramme, à comprendre un symbole particulier censé représenter Jésus-Christ.

Plus précisément, un christogramme est un monogramme (c’est-à-dire une combinaison de lettres superposées) particulier servant d’abréviation au nom du Christ.

Formés de lettres, ou parfois même de syllabes, les christogrammes possèdent en tout cas un caractère sacré indéniable.

Plus que de simples facilité d’écriture, la création de ces divers symboles chrétiens s’est réellement faite dans la recherche de compréhension des enseignements christiques. Pour de nombreux Chrétiens primitifs, toujours fort influencés par la pensée grecque antique, le verbe (ou logos) possédaient une puissance intrinsèque.

À ce titre, le nom du Christ était le plus puissant d’entre tous et, représenté à l’écrit de la bonne manière, il pourrait aider à la transmission de certains messages, à l’accession à une pensée et une spiritualité plus justes.

Dans la tradition chrétienne, il existe d’ailleurs plusieurs christogrammes, dont voici les principaux :

  • Le Chrisme qui, comme nous l’avons vu, est formé des deux premières lettres du mot « Christos », Christ en Grec.
  • « IHS », aussi parfois appelé « iota, eta, segma », christogramme regroupant les premières lettres de l’expression latine « Iesus Hominum Salvator », ou « Jésus, Sauveur des hommes ».
  • « IC XC », christogramme couramment utilisé dans l’Église orthodoxe pour servir d’abréviation à Jésus-Christ, qui s’écrit « ΙΗϹΟΥϹ ΧΡΙϹΤΟϹ » en Grec.

 

Il apparait ici clairement que les christogrammes sont souvent lié au Grec.

Cela s’explique facilement : à l’époque des premiers Chrétiens, la civilisation grecque était toujours la plus lettré, la plus érudite et la plus instruite, et la plupart des auteurs du monde connu l’utilisaient (à l’écrit tout du moins).

Logiquement donc, de nombreux auteurs, scribes et penseurs des premiers temps de l’Église utilisaient cette langue, d’où l’apparition de nombreux christogrammes dedans.

Si vous vous intéressez à l’histoire de l’Église, et souhaitez peut-être la découvrir à travers ses symboles, cette collection dédiée au Christianisme devrait vous plaire !

 

 

Bas-relief égyptien qui montre une scène religieuse.

Des origines pré-chrétiennes ?

Avant de parler du sens chrétien et de notre symbole porte-bonheur (et de son histoire officielle), il peut être bon de nous attarder sur quelques faits troublants au sujet du Chrisme.

En gros, il serait apparemment plus ancien, bien plus ancien même, que le Christianisme et son utilisation par les auteurs Grecs.

Il faut raison garder : dans l’histoire certains symboles ont pu être utilisés par des cultures différentes, et à des époques éloignées les unes des autres, sans forcément qu’il n’y ait un lien particulier à comprendre.

Voici tout de même une liste de quelques faits troublants que nous ne pouvons pas ignorer :

  • Le Chrisme aurait été utilisé en Grèce, oui, mais bien avant la naissance du Christ déjà. Plus précisément, il aurait servir de symbole de chance dans l’ancienne religion hellénique païenne.
  • Certaines sources attestent de sa présence dans des travaux astrologiques primitifs, où notre symbole servait à représenter la trajectoire du Soleil par rapport à l’équateur.
  • Le « Timée », célèbre ouvrage grec du tout aussi célèbre Platon, utilise une réplique exacte du Chrisme pour représenter le concept « d’anima mundi », ou « d’âme du monde », cette force vitale capable de connecter l’âme des hommes à l’univers.
  • Les archéologues ont retrouvés des pièces de monnaie datant du pharaon Ptolémée III (vers le 3ème siècle avant J.-C. donc) sur lesquelles se trouvaient un emblème similaire.
  • Des millénaires avant la naissance du Christ déjà, les anciens Égyptiens utilisaient le même symbole comme représentation de l’œil d’Horus, un puissant porte-bonheur lié aux pouvoirs du dieu éponyme.
  • Encore en Égypte, des scribes se seraient servi de notre symbole pour annoter certaines parties de textes jugées comme plus importantes que les autres.

 

 

Carte ancienne qui montre l'empire byzantin.

La légende du Chrisme de l’empereur Constantin

Les faits cités précédemment peuvent se montrer troublants, oui, mais ils ne constituent pas l’histoire officielle, celle qu’enseignent les historiens et l’Église depuis des millénaires maintenant.

Pour faire simple, la légende du Chrisme est le théâtre d’un véritable miracle, miracle qui sauva un empire sur le déclin et marqua le début de la conversion de l’Europe au Christianisme.

Entre vision divine, victoire inespérée et conversion, cette histoire, nous allons justement maintenant la découvrir ensemble.

 

Statue de l'empereur Constantin qui regarde vers le ciel.

Des apparitions en rêve… et dans les cieux

La légende de Constantin et du Chrisme débute comme de nombreuses conversions ont pu débuter au cours de l’histoire : voyant ses semblables perdus (et de nombreux chefs militaires païens enchainer les défaites), le chef de l’empire romain d’Orient, Constantin, décida de prier et de demander un signe au(x) dieu(x) véritable(s) du juste chemin spirituel.

À ce moment donc, Constantin n’était pas chrétien et, sans savoir qui lui répondrait, vivaient toujours dans l’ancienne religion romaine, malgré une notable montée en puissance du Christianisme.

Cet après-midi-là, celui de sa prière, il vit un signe apparaitre dans les cieux, aux côtés duquel se trouvait les mots « avec ce symbole, tu vas conquérir ». Vous devez vous en douter, il s’agissait du Chrisme.

Certaines sources attestent de cette apparition miraculeuse que tous auraient vu, notamment son armée, qui s’en trouva revigorée (et sans doute convertie).

La nuit qui suivit, le Christ serait apparu en rêve à l’empereur Constantin, lui conseillant d’utiliser le signe de l’après-midi pour se défendre contre ses ennemis et contre tous ceux qui se mettraient sur le chemin de la conversion de son empire.

 

Soldats de l'empire romain qui marchent en rang.

Une bataille gagné grâce à la foi

Par ce charisme exceptionnelle et la réponse de vérité qui lui avait été apportée, Constantin développa une ferveur ardente et, le jour-même fit dessiner le Chrisme sur les boucliers de tous ses hommes.

Il fit également brûler les anciens étendards de guerre, marqués de symboles païens, pour les replacer par le labarum, nom donné à l’étendard chrétien marquée du Chrisme.

Constantin se mit ainsi en marche vers un combat portant apparemment perdue d’avance : la bataille du pont Milvius l’opposait en effet face aux forces de l’empire romain d’Occident, bien plus nombreuses et au fait des choses de la guerre.

Pour en apprendre plus sur ce fait historique majeur, voici la fiche Wikipédia qui en parle (avec une certaine justesse dans les propos).

 

Peinture grecque de l'empereur byzantin après sa conversion.

La conversion de Constantin et de son empire

Sans trop de surprise, Constantin remporta la victoire. Le sénat romain le déclara ainsi unique Auguste, et Constantin fit porter la responsabilité de sa victoire au Dieu des Chrétiens.

Cet évènement fondateur marque ainsi la fin de la persécution des Chrétiens dans l’empire romain, ainsi qu’une ère nouvelle pour l’Église.

Quelques années plus tard, Constantin fit même du Christianisme la religion officielle de Rome, et conserva le Chrisme en tant que symbole militaire, oui, mais également spirituel.

 

Chrisme gravé sur une église ancienne.

Réflexion sur la légende du Chrisme

Au final, la légende du Chrisme est plus intéressante par les messages qu’elle porte et les diverses répercutions qu’elle put avoir plutôt que par la question de sa véracité.

Lorsque nous voyons l’impact qu’elle eût sur son époque, savoir si Constantin a réellement vu le Christ et son symbole n’a que peu d’importance.

Associer la conversion du plus grand empire de l’époque à celle de son chef est lourd de sens. Lorsqu’en plus cette conversion début par une simple question posée « Si un Dieu existe, qu’il m’envoie un signe », une direction est montrée à des millions d’hommes, direction propice au rapprochement avec la vérité et le Seigneur.

Bref, l’apparition du Chrisme sur les étendards romains coïncidât avec le début d’une nouvelle époque qui allait durer mille ans.

Si vous voulez mieux placer ce symbole dans son contexte, voici quelques mots d’explications sur l’empereur Constantin et sa personnalité.

 

 

Ruines romaines avec une pierre portant un Chrisme au milieu des gravas.

Un symbole religieux… mais aussi militaire !

Nous l’avons noté au point précédent : le Chrisme fut apposé sur le labarum, l’étendard militaire officiel de l’empire romain.

Ainsi, même si son sens religieux ne fait aucun doute, notre symbole fut également un porte-bonheur pour les soldats de l’époque.

En fait, selon certains historiens, Constantin aurait été plus proche du conquérant que du pieux homme d’église. Lorsque nous voyons les nombreuses batailles qu’il menât, cela n’est pas dénué de sens.

Suite à la bataille du pont de Milvius, le Chrisme fit ainsi apposé sur les boucliers de guerriers, mais également sur certains casques, sur les bateaux et les convois de l’armée.

C’est un peu comme si du jour au lendemain l’empire tout entier avait voulu marquer qu’il se battait pour une nouvelle cause, celle du Christ.

Même si cette image est belle, il faut raison garder et se souvenir des intrigues politiques qui faisaient rage à l’époque, Rome connaissant une période de grand bouleversement.

Le Chrisme pourrait ainsi être avant tout le signe de reconnaissance d’un camp (celui des convertis) face à l’autre (celui des païens). Ces deux camps, d’ailleurs, s’entredéchireront au cours de combats sanglants et de jeux politiciens perfides.

La victoire du pont de Milvius permit a Constantin (et aux Chrétiens) de conclure l’édit de Milan qui, dès 313, promettait la liberté religieuse à tous, même au fidèles du Christ auparavant martyrisés.

Quelques décennies plus tard, en 391, le Christianisme avait tellement progressé qu’il fut déclaré religion officielle et que les anciens cultes furent abolis.

Symboliquement, la victoire des Chrétiens sur les autres fut réellement entériné lorsque l’empire remplaça officiellement l’aigle et la foudre (l’ancien emblème de Rome) par le Chrisme et le loup, représentation d’une armée romaine et chrétienne.

La réalité est sans doute moins belle que la légende, mais n’enlève pas notre christogramme de son piédestal, le symbole restant celui de l’armée la plus puissante de son époque.

Si l’histoire de la christianisation de Rome vous intéresse, voici une vidéo intéressante créée par France Télévisions et qui devrait vous apporter plus d’informations.

 

 

Chrisme blanc sur une fresque murale d'une ville européenne.

Le Chrisme et les autres symboles porte-bonheurs chrétiens

Le 4ème siècle de notre ère, période à laquelle le Chrisme serait apparut et où la légende de Constantin se serait déroulée, marque de grands bouleversements dans l’Église chrétienne.

Autant dans sa forme que dans ses institutions ou même dans certains de ses dogmes, de nombreux éléments y furent remis en question.

Parmi les sujets qui animèrent le débat, nous pouvons citer des choses comme le développement de nouvelles sectes et hérésies, la notion de tolérance, le rôle de l’Église dans la vie civique, la notion de Trinité, et tout un tas d’autres choses.

Dans un tel contexte, de nombreux symboles porte-bonheurs chrétiens ont pu apparaitre ou, plutôt, changer de sens.

Nous pouvons par exemple citer :

  • La croix, sans toutes ses formes, qui sut littéralement conquérir l’Europe sur l’espace de quelques années
  • D’autres christogrammes, comme « IC IX » ou « IHS », dont nous vous avons parler plus tôt
  • Certaines icônes religieuses, notamment de la Vierge Marie
  • Le poisson chrétien (connu sous le nom d’ichthus), qui lui aussi fait référence à Jésus-Christ
  • Le symbole du mouton et du berger, rappel de la relation pastorale qui nous unit au Seigneur
  • Et tout un tas d’autres

 

Au milieu de tous ceux-là, le Chrisme pourrait sembler n’être qu’un symbole parmi tant d’autres…

Ce serait oublié sa particularité : il représente le Christ.

À ce titre, aucun emblème, aucun signe ne peut être aussi pieux que lui.

 

 

Porte-bonheurs présentés dans cet article

Bannière avec un pendentif de croix sur laquelle se trouve un Chrisme.

 Bannière avec une photo de l'amulette au Chrisme sacré.

 


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