C’est quoi l’érémitisme, le mode de vie des ermites ?

juillet 20, 2021 9 min de lecture

C’est quoi l’érémitisme, le mode de vie des ermites ? | Cyril Gendarme



Nous désignons par « érémitisme » le mode de vie des ermites, de ceux qui choisissent de vivre reclus de la société.

Forcément lié à la religion, cette voie se caractérise par la solitude choisie et une simplicité parfois austère.

L’érémitisme étant au final assez peu connu du grand public, cet article aura pour but de briser quelques idées reçues à son sujet.

Pour ce faire, nous allons ensemble décrire ce qu’est la vie d’un ermite (dans les grandes lignes tout du moins), la mettre en perspective au vu de l’histoire et tirer quelques conclusions de tout cela.

 

Table des matières :

 

 

Ermite chrétien en tenue de moine, qui marche sur un chemin.

Définition de l’érémitisme

Le terme « érémitisme » désigne donc la vie de solitude que choisissent les ermites.

Dérivé du grec « eremos », qui se traduit par « désert, région inhabitée », nous voyons déjà ici une des caractéristique de ce mouvement : le choix d’une existence recluse, passée dans un ermitage éloigné de la société des hommes.

Avec son synonyme « anachorète », le mot « ermite » désignera simplement celui qui aura fait le choix de l’érémitisme.

Si l’isolement durant une période limitée (parfois de plusieurs années, mais tout de même limitée) est une chose courante dans la plupart des religions, notre phénomène est quelque peu différent en cela qu’il constitue un choix définitif.

L’érémitisme se définira aussi souvent par l’ascèse, voire la privation du confort et du matériel. Cela a tout simplement comme but de rapprocher le pratiquant d’une spiritualité qui se veut plus pure, et de libérer un maximum de temps de prière sur sa journée. Certains aiment même à dire qu’un ermite en est état de prière constante.

De par cet éloignement du matériel, la vie d’ermite est propice à la réflexion, à l’introspection et à la rencontre avec le sacré.

Une autre caractéristique consiste en le peu de règles qui dicte l’existence des ermites. Même si certaines religions encadrent l’érémitisme, l’absence de cadre ou de structure (par définition) rendre l’organisation de l’érémitisme assez libre.

Cela peut sembler évident mais, de par son caractère pieux et surtout le rejet de la plupart des relations sociales, l’ermite suivra le plus souvent un célibat monacale, ainsi que de nombreuses autres règles de vie religieuses plus ou moins implicites.

 

 

La croix de Jérusalem, une statue du Christ et une amulette des Templiers

Les bienfaits de ce mode de vie

L’érémitisme possède de nombreuses vertus et, au vu de ceux qui le pratiquent, permet à l’homme de vivre heureux.

Les avantages et les inconvénients de la vie d’ermite sont nombreux, et nous pourrions passer des heures à tous les citer. Ici, nous allons simplement nous attarder sur 4 bienfaits parmi les plus notables.

 

1er bienfait : une vie proche de Dieu

La plupart des ermites ont posé leur choix dans l’idée de se rapprocher de Dieu.

S’éloigner d’une société qui rejette le Seigneur et le message de Bible, passer plusieurs heures en prière chaque jour et avoir pour principales relations sociales d’autres religieux ne peut bien évidemment que nous rapprocher du sacré.

 

2ème bienfait : le temps nécessaire à la recherche de la vérité

Cela rejoint le point précédent mais, oui, l’érémitisme permet au final de disposer d’énormément de temps libre à consacrer aux aspects spirituels de la vie.

Une certaine frugalité permettant de limiter les tâches d’intendance et la réduction au minimum du social et du relationnel libère mine de rien la majorité du temps d’une journée.

Qu’il s’agisse d’étude, de prière ou simplement de contemplation, les ermites auront tout le temps à s’adonner à ce genre de pratiques plus ou moins mystiques.

 

3ème bienfait : l’absence de barrière économique

Encore une fois, cela rejoint les points précédemment cités. (C’est logique, l’érémitisme forme un tout et aucune de ses facettes n’est indissociables des autres.)

Bref, la frugalité et l’ascèse permettent de n’avoir aucune attache économique, aucune chaine à qui ou quoi que ce soit.

Si l’ermite souhaite voyager, il le peut librement.

S’il veut changer d’activité ou développer un nouveau talent, rien ne l’en empêche.

 

4ème bienfait : une liberté quasi-totale

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, ce point est également lié à tous les précédents.

En plus de la liberté économique, l’érémitisme offre une vie religieuse indépendante de la plupart des structures (Églises, paroisses ou évêchés) et permet donc au reclus de n’avoir aucun cadre à suivre strictement.

En réalité, la plupart des ermites mènent des vies très strictes, avec des nombreuses règles… mais des règles qui choisissent et jugent justes !

 

 

Mosaïque de Jésus-Christ selon le style de l'Église d'Orient de l'Antiquité.

L’ermite durant l’Antiquité

L’historie de l’érémitisme durant l’Antiquité est indissociable de celle de la Grèce, de l’Égypte et des fameux pères du désert.

Véritable berceau de mouvements religieux qui allaient changer la face de la Chrétienté, la vie d’ermite de l’Antiquité fut le cœur de nombreux bouleversements spirituels.

 

Contexte de développement

C’est vers le 4ème siècle que se développa une vision plus radical du message de Évangiles, avec des individus prêchant un mode de vie le plus simple possible, allant même parfois jusqu’à rechercher une sorte de souffrance volontaire.

Dans la Bible, Jésus porte notamment à se disciples son message à tous, le plus loin possible et quel qu’en soit le prix. Ils le prirent au pied de la lettre (à raison d’ailleurs) et nombre d’entre eux en furent persécutés.

Ainsi, certains croyants décidèrent de vivre une sorte de martyr par la privation, sur le modèle de Jésus et de ses apôtres.

 

Quelques exemples d’ermites connus

En réalité, le mouvement des Pères du désert et de l’érémitisme en général étaient devenu si populaire sur la fin qu’il faudrait des heures pour citer tous ses représentants (bon ou mauvais).

Nous allons ici nous cantonner à nommer quelques ermites célèbres qui auront marqué la religion chrétienne durant l’Antiquité :

  • Saint Paul l'ermite et Saint Antoine furent parmi les premiers Chrétiens à partir dans le désert, cherchant à répondre à l’appel de Dieu. Tous deux rassemblèrent tellement de fidèles autour d’eux au fur et à mesure que des sortes de congrégations furent créées : cela marqua la naissance du monachisme. (
  • Au VIe siècle, Saint Benoît de Nursie a lui aussi répondu au même appel, choisissant la solitude de l’érémitisme que lui offrait le désert. De sa vie et de ses enseignement et de sa célèbre « Règle » fut plus tard créé le fameux ordre des Bénédictins.
  • D’autres docteurs de l’Église (des fidèles reconnus par Rome comme savant dans le domaine théologique) comme par exemple Saint Jérôme ou Saint Basile passèrent une partie de leur vie au moins dans le désert.
  • Figure dans l’Ancien Testament, Elias est considéré par beaucoup comme le premier des ermites.
  • Le Christ lui-même peut être vue comme un ermite. En tout cas, les passages du désert ou sa retraite sur la montagne peuvent nous présenter certains aspects, et tentations, propres au mode de vie des ermites.

 

 

Ermite dans les couleurs d'une église du Moyen-Âge.

Un choix religieux typique du Moyen-Âge

Impossible de dissocier l’érémitisme des moines médiévaux.

En effet, même si le mode de vie monacale est bien plus encadré, la réflexion derrière ces choix sont assez semblables.

Il faut savoir que tout au long du Moyen-Âge, de vives divergences prirent place entre les ermites et les moines.

Derrière les débats théologiques de façade se cachait en fait une réalité bien plus morose : le désir de contrôle des individus et de la société.

L’érémitisme crée des individus libres, affranchis par définition de la société humaine et de ses règles. Cela ne plaisait pas à certains hommes d’Église au final moins pieux que politiciens.

Il est vrai qu’avec son côté très libre, l’érémitisme est également propice à l’apparition d’hérésies et, au final, de messages qui éloigneraient les humains des Évangiles et de la vérité.

Le principal argument anti-ermite résidait dans la notion de charité.

En effet, comme pratiquer cette vertu pourtant enseigner par Jésus-Christ sans contact avec les autres ?

Alors que des moines, même reclus dans un monastère, peuvent se montrer charitable vis-à-vis de leurs frères, comment un solitaire peut-il exercer la charité, le don ou le pardon ?

Lorsque nous réfléchissons bien, cet argument se tient et, que nous soyons pour ou contre, le débat sur l’érémitisme s’avère des plus intéressants.

 

 

Trois médailles de saints chrétiens, tous avec des patronages différentes

L’érémitisme moderne

L’histoire nous apprend qu’en dernière instance, le point de vue monacal l’emporta et que, peu à peu, les ermites chrétiens se rallièrent aux ordres monastiques placés sous l’autorité de Rome.

Parfois même, certains ordres furent créés spécialement pour eux, afin de correspondre à leur mode de vie si particulier.

C’est en fait vers la fin du 13ème siècle que l’Église décida de « régulariser » l’érémitisme, voyant à travers lui un manquement à l’obéissance et un facteur d’instabilité.

Quoi qu’il en soit, le fait est que l’érémitisme « pur et dur » devint de plus en plus marginal, au point tel que ses membres finirent par être vus comme des fous et des asociaux.

Il faut bien dire que les voleurs et escrocs qui se prétendaient ermites pour bénéficier d’un certain aura mystique propice à la tromperie des pauvres gens n’ont pas manqués au fil des siècles.

Bref, de croyant exalté à illuminé un peu instable, l’image de l’ermite est désormais nettement ternie.

Attention, cela ne signifie pas que ce mode de vie a perdu de sa substance et de ses vertus, ou qu’aucun grand ermite n’a pu avoir existé ces dernières années, mais simplement que la vision général à leur égard a changé.

L’érémitisme est d’ailleurs toujours une vocation reconnue par Rome, aujourd’hui encore, et de nombreux hommes et femmes d’Église décident de faire leur ses principes.

 

 

Moine bouddhiste en position de méditation dans la forêt.

Des ermites du monde entier

Dans cet article, nous n’avons parlé que des ermites chrétiens.

Il est indéniable que leur image aura été nettement plus influente sur notre civilisation mais, sans trop de surprise, il existe des phénomènes comparables dans à peu près toutes les formes de spiritualités que vous pourrez trouver sur terre.

Chacune tradition mériterait un article tel que celui-ci, qui deviendrait alors long, lourd et rempli de redites.

Nous allons donc maintenant simplement citer quelques mouvements spirituels et le lien qu’ils peuvent avoir avec l’érémitisme :

  • L’Hindouisme est une religion complexe et qui qui possèdent de nombreuses branches. Même si nous ne pouvons pas faire de généralité, le concept d’ermite est y est toutefois quasiment une constante. Yogi, sadhou, ascète : les termes varient mais l’érémitisme reste le même.
  • La plupart des écoles de l’Islam n’incitent pas à l’érémitisme. Il y en a une toutefois, sans doute parmi les plus ésotériques, qui promeut l’introspection, la contemplation et la solitude : le Soufisme.
  • Le Bouddhisme se base sur les enseignements et la vie de Siddhārtha Gautama, connu plus tard sous le nom de Bouddha, l’illuminé. Il faut savoir que durant plusieurs années de sa vie, le Bouddha vécut seul, en véritable ermite méditant et contemplant le monde. L’érémitisme fait donc forcément partie intégrante de la religion bouddhiste.
  • Le Jaïnisme est cette religion du Nord de l’Inde dont les pratiquants promeuvent la non-violence, l’illumination par la méditation et le respect de toute vie. Eh bien il se trouve que les deux plus grands héros du Jaïnisme (réels ou légendaires, c’est un autre débat) nous sont présentés comme d’anciens ermites.

 

 

Sculpture religieux qui représente plusieurs saints chrétiens.

Conclusion : une vie pas faite pour tout le monde !

Dans le langage courant, le terme "ermite" tend à s'appliquer à toute personne qui choisit de vivre à l’écart de la société, quelle que soient ses motivations.

Nous savons maintenant que l’érémitisme est intrinsèquement lié à la religion, et donc à certains principes. En claire, le caractère religieux de ce mode de vie ne peut être ignoré.

Alors que nous avons citer plus tôt quelques aspects positifs de la vie d’ermite, il est maintenant tant de nous attarder sur d’autres plus compliqués :

  • L’érémitisme est centrée sur la prière et la recherche de Dieu. Les façons de prier sont nombreuses et peuvent s’avérer fort personnelles. Si toutefois vous n’en avez pas l’habitude, il pourra être compliqué de devenir ermite du jour au lendemain.
  • Malgré une grande simplicité (certains parlent de dépouillement), les ermites doivent bien subvenir à leurs besoins primaires. Concrètement, ils devront trouver un travail ou une activité de laquelle ils pourront être rémunérés. Cela aussi est à prendre en compte.
  • Comme n’importe quel moine, un ermite devra prononcer ses vœux de pauvreté d’obéissance, de silence et/ou de chasteté. Pas d’inquiétude : comme pour tous religieux, l’ermite aura une période dite de discernement lui permettant de s’essayer à ce mode de vie avant de prononcer des vœux permanents.

 

C’est clair : l’érémitisme est un choix à ne pas prendre à la légère.

Si vous envisagez sérieusement une vocation d'ermite, il serait sage d’y réfléchir posément et, pourquoi, de demander le conseil de religieux sans doute plus au fait que vous des contraintes propres à ce choix de vie.

Cela ne fait aucune doute qu’ils sauront vous conseiller avec le sourire !

 

 

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