Sadako Sasaki : la légende des 1000 grues et l'origami

juillet 14, 2020 7 min de lecture

Plusieurs origamis de toutes le couleurs disposés en coeur

Si vous pouviez avoir un souhait, qu'est-ce que ça serait ?

Selon la coutume japonaise, le pliage de 1 000 grues en papier vous permet de réaliser un vœu particulier. Certaines versions de cette tradition vous disent que la réalisation de ce projet ambitieux vous offrirait plutôt le bonheur éternel, ou encore la chance pour vous et vos proches.

Dans cet article, nous parlerons du symbole de la grue au Japon, d’une étrange coutume liée à l’art de l’origami et la vie de Sadako Sasaki, une fillette au courage exceptionnel.

Bref, si alors vous avez un vœu particulier en tête, un problème à résoudre ou que vous désireriez simplement vivre une vie longue et heureuse, le sujet d’aujourd’hui devrait vous plaire.

 

Table des matières :

 

 

Origami en papier d'une grue jaune, symbole du Japon.

La grue dans la culture japonaise

La grue est depuis longtemps un symbole de bonne santé, de longévité, de vérité et de fidélité dans les cultures asiatiques. L’allure gracieuse, presque royale, de ces élégants oiseaux élégants reflète leur haut rang d’animaux-messagers.

D’anciens écrits chinois nous les décrivent par exemple comme se comportant toujours comme des exemples de bonté, incorruptibles et naturellement honnêtes ». Ainsi, être comparée à une grue est l’un des compliments les plus beaux que quelqu’un puisse recevoir.

Si l’on vous compare au symbole de la grue au Japon par exemple, cela veut dire que vous êtes une personne droite et exaltée et dont la moralité impressionne autour de vous.

Dans le même genre d’idée, quelqu’un peut être comparé à « une grue debout parmi les poulets » afin de montrer sa supériorité, sa classe et son aura supérieurs.

La figure de la grue en Asie représente toutefois bien plus que de simples compliments. Il y a d’ailleurs un domaine bien précis où l’animal s’illustre encore : l’origami.

Lorsque nous pensons à cet art japonais, un pliage de grue en papier nous vient rapidement en tête. Regardez comment ces origamis de grue pliés respirent le calme et la paix, et vous comprendrez sans doute comment cela se fait.

L’origami est une pratique intéressante mais qui demande assurément une belle quantité de patience. Cela correspond (comme par hasard…) à une des qualités de la grue.

Cet animal en effet est connu pour ne s’accoupler qu’avec un seul partenaire sur toute la durée de sa vie. Ainsi, l’origami comme le symbole de la grue au Japon sont deux symboles forts de fidélité et de valeur morale.

L’origami de grue est tellement répandu qu’il porte même un nom particulier, les Japonais parlent de « orizuru ».

Loyauté, noblesse, beauté, l’origami porte-bonheur de la grue est assurément un sujet qui mérite notre attention.

 

 

Petit origami de grue accroché à une ficelle blanche

Le Senbazuru, ou origami des 1000 grues

À la fin du 16ème siècle au Japon, l'un des premiers livres sur l'origami fut publié. Son titre, pour le moins évocateur, était : « Comment plier 1 000 grues ».

Les instructions faciles qu’il contenait ainsi que la beauté du pliage final assurèrent la popularité de l’origami de grue pour des siècles.

Cette pratique consistant à plier 1000 grues est appelé « senbazuru ». Souvent, les petits pliages sont accrochés à des cordes qui décorent alors magnifiquement les salons et restaurants.

Les différents couleurs du papier utilisé et les motifs de certains en font une décoration lumineuse et joyeuse. La forme harmonieuse de l’origami de grue rajoute un côté encore plus vivant.

Eh oui, les traditions japonaises sont nombreuses et toutes plus intéressantes les unes que les autres. Si vous êtes tenté d’en apprendre plus, allez jeter un coup d’œil à notre collection dédiée au à la culture japonaise, vous ne serez pas déçu.

Nous sommes en droit de nous poser une question : « Mais pourquoi ce nombre ? D’où peut bien venir la légende des 1000 grues ? »

La réponse est en réalité assez simple. Il est dit dans le folklore japonais que la grue a une durée de vie de 1000 ans.

Par une sorte d’effet magique (vous êtes libre d’y croire ou non, le fait est que les Japonais, eux, pensent cela possible), réussir à plier 1000 origamis de grue en un an nous placerait sous la bénédiction de cet animal, nous laissant ainsi la possibilité de faire un vœu.

Bien que l’idée semble séduisante, réaliser la légende des 1000 grues n’est pas un projet facile et plus d’un y ont perdu des dents. Certaines personnes décident même de se regrouper pour essayer de faire un senbazuru.

Parce qu’il peut regrouper un grand nombre d’individu (1000 pour être exact), il s’agit souvent là de l’occasion de sensibiliser le public à certaines causes.

 

 

Petite fille japonaise au milieu d'un champ et de fleurs

Sadako Sasaki et le souhait d’une paix mondiale

Sadako Sasaki : ce nom ne vous dit peut-être rien mais, une fois que vous aurez entendu son histoire, vous comprendrez pourquoi des millions de Japonais la considèrent comme une véritable héroïne.

Si vous trépignez d’impatience et que vous ne savez pas attendre, voici la page Wikipédia dédiée à la petite Sadako Sasaki. Si vous êtes plus patient, continuez votre lecture et laissez nous vous en parler.

Comme nous venons de le voir, le senbazuru, ou légende des 1000 grues, est une tradition folklorique ancrée depuis des siècles dans la culture nippone. C’est toutefois à travers l’histoire de Sadako Sasaki que le phénomène devint national, voire carrément planétaire.

Cette fillette originaire de la région d’Hiroshima n’avait que deux ans lorsque la bombe atomique fut lachée par les Américains au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Empoisonnée, la petite fille développa une leucémie vers l’âge de douze ans.

Inspirée par la légende du senbazuru, elle commença alors à plier des grues. Nous pourrions alors nous dire que son vœu le plus cher était de retrouver la santé (ce qui serait tout de même assez légitime !).

Il n’en était rien…

Le souhait de la petite Sadako Sasaki, ce qu’elle voulait du plus profond de son cœur, c’était le retour à la paix pour le monde entier.

Une paix planétaire, voilà ce qu’elle comptait demander.

 

Champignon de fumée de la bombe atomique d'Hiroshima

Le bombardement d’Hiroshima

L'histoire de Sadako Sasaki commence tout d’abord par un évènement parmi les plus dramatiques de tous les temps. Née le 7 janvier 1943, elle n’était qu’un bébé dans un Japon ravagé par la guerre et le chaos lorsqu’un bien sombre évènement arriva.

Le 6 août 1945, le bombardier B-29 nommé « Enola Gay » largua une bombe atomique sur Hiroshima.

La maison de Sadako était située à environ deux kilomètres de la zone où la bombe toucha le sol. Comme par miracle, la petite et ses parents réussirent à survivre à l’explosion et à s’échapper.

Sa grand-mère, par contre, ne revint jamais. La maison familiale fut également engloutie par les flames dans les incendies qui suivirent l’explosion.

En tout, ce sont environ 140 000 personnes dans la ville d'Hiroshima sont mortes dans l'explosion atomique, ou peu de temps après, par empoisonnement aux radiations. Les conséquences de ce désastre furent tout simplement terribles. Vous en apprendrez plus dans cet article du site de national geographic.

 

Jeune japonaise, semblable à Sadako Sasaki, vue de dos devant un étang.

La vie de la petite Sadako Sasaki…

Malgré les défis auxquels elle a été confrontée dès le début, la vie de Sadako Sasaki sembla dans un premier temps se dérouler plutôt bien.

Elle eut une enfance normale, devenant même membre de l'équipe de relais de son école. Malheureusement, cette chance ne dura pas (assez) longtemps.

En novembre 1954, près de dix ans après la chute de la bombe atomique, Sadako commença à ressentir des gonflements au cou et derrière les oreilles. En janvier 1955, elle avait développé un purpura, une affection cutanée reconnaissable par des taches décolorées rouges ou violettes, et avait reçu un diagnostic de leucémie.

Les cas de leucémie avaient augmenté chez les enfants quelques années après l'explosion de la bombe atomique. Il était clair dès les années 1950 que la cause de l'augmentation était l'exposition aux radiations.

Comme de trop nombreux autres, alors que l’enfant avait survécu à l'explosion elle-même, son exposition à une grande quantité de rayonnement eut un terrible impact qui ne se révéla qu’avec quelques années de décalages.

 

Ourson ouvert à un enfant malade atteint du cancer dans un hôpital.

…et son combat

Alors à l’hopital, Sadako avait du temps libre à tuer. C’est alors qu’elle débuta dans l’art de l’origami. Comme à peu près tous les enfants japonais, elle avait entendu parler de légende des 1000 grues.

Les histoires ne sont pas d’accord quant à la façon dont la petite fillette avait entendu parler du senbazuru.

Certains parlent d’une amie d’école. D’autres d’une voisine de chambre à l’hôpital. La théorie selon laquelle le senbazuru serait une vielle tradition familiale est également plausible. Quoi qu’il en soit, cela n’est clairement pas le plus important.

Le fait est que la petite se mit à plier les origamis de grue avec toute la fouge et l’ardeur du monde. Tout le papier qu’elle trouvait lui passait littéralement sous la main. Pour elle, plier un origami de grue était un petit pas de plus vers son objectif final.

Malgré une volonté tout simplement épatante, elle ne réussit pas à accomplir la légende des 1000 grues. Trop faible pour continuer, Sadako Sasaki s’éteint alors qu’elle n’en avait plié que 644.

Son histoire ayant touché la communauté locale, sa famille et ses camarades de classe décidèrent de terminer le senbazuru en son honneur.

Cette histoire touchante marqua le cœur de nombreux Japonais et il ne fallut pas longtemps pour que le récit de sa vie fit le tour de l’archipel, puis du monde entier. Souvent, Sadako Sasaki est citée comme étant le symbole des enfants innocents touchés par la guerre.

Sa famille a fait d’ailleurs don de certaines de ses grues à des sites mémoriaux tels qu’à ceux du World Trade Center ou de Pearl Harbor.

 

Statue de Sadako Sasaki et de sa grue dans le parc national d'Hiroshima

La portée de son histoire de nos jours

La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) reprend souvent cette idée d’origami porte-bonheur de grue japonaise dans ses campagnes de sensibilisation. De plus, l’histoire de Sadako est souvent racontée dans les écoles primaires dans le cadre d’éducation à la paix.

À ce titre, de nombreuses personnes portent ce type de pendentif montrant un origami de grue, clin d’œil à l’histoire de la petite.

En fait, cette histoire exceptionnelle a fait l’objet de nombreux livres et est souvent mentionnée dans les études des conséquences de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1958, une statue de Sadako tenant une grue dorée fut érigée dans le parc du mémorial de la paix d'Hiroshima.

Chaque année, le jour d'Obon (un jour férié japonais dédié au souvenir des ancêtres), des milliers de grues en papier pliées sont déposées à ses pieds pour remémorer à tous le souvenir de la courageuse fillette.

À bien des égards, Sadako Sasaki est devenu un symbole de toutes les vies innocentes perdues pendant la guerre et des conséquences que peuvent avoir les armes nucléaires.

Son temps sur terre fut bref, mais son héritage et le message d’espoir qu’elle a su nous enseigner gonfle à chaque fois que quelqu’un plie un origami de grue quelque part dans le monde.

 

 

Bonus : un tutoriel pour apprendre à créer une grue japonaise en origami

 

 

Porte-bonheurs présentés dans cet article :

Bannière promotionnelle montrant des origamis en papier de toutes les couleurs.

Bannière montrant un pendentif au bout duquel se trouve une grue en origami. 

 


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